COMITÉ ANTI-ATTENTE (2026)
Il y a un temps qui n’apparaît dans aucune statistique officielle. En ce moment, il s’accumule et forme une longue file, demeure dans une salle d’attente ou derrière la fenêtre d’un guichet qui n’est jamais ouvert quand on en a besoin. Le registre national d’attente se base sur l’observation de ce phénomène quotidien, ce contrôle bureaucratique de nos vies, à partir duquel, avec votre aide, nous avons construit une institution fictive, cependant bien fonctionnelle : une machine numérique dont le but est de recevoir des données, accumuler des chiffres et classer territorialement le temps perdu par des milliers de personnes.
Le Registre national d’attente est issu des réunions du Comité Anti-Attente (Comité Anti-Esepra/ C.A.E.), syndicat performatique promu par le collectif Honorarias en 2025, où l’attente a été abordée comme un phénomène social et politique. L’attente fonctionne comme une forme de contrôle temporel enracinée dans le capitalisme : celles et ceux qui ont moins de ressources attendent plus longtemps, que ce soit pour les soins de santé publics, les transports en commun, l’accès à la propriété ou les études. Face au diagnostic de Mark Fisher qui évoque un réalisme capitaliste qui gère nos horaires de travail et aussi notre imaginaire du futur, l’œuvre n’offre aucune consolation ni dénonciation paralysante. Il propose une opération politique : transformer une fiction institutionnelle en infrastructure à usage réel, et cette infrastructure en intérrogation collective.
Le capital a toute notre existence à sa disposition : produire, consommer et, sur la face la moins visible, attendre. Même le temps qui n’est pas explicitement lié au travail (faire la queue, attendre rendez-vous médical, attendre le bus, attendre son tour chez le notaire) est également capturé par la logique productive. Comprendre l’attente de cette manière est ce qui permet, comme le manifeste du CAE le dit, d’affirmer que « l’attente est un mode de précarisation » et que « l’éternel attends-ton-tour est une forme d’oubli » : l’attente devient ainsi un mécanisme structurel qui organise qui a droit à temps propre et qui n’en a pas.
Aujourd’hui vous êtes complice : vous êtes invité-es à participer à un dossier collectif, les « Assemblées du Temps », instances collectives qui se déroulent pendant la période d’exposition. Cet espace a été conçu pour vous l’approprier, afin que vous puissiez réfléchir à nos côtés : Que ferions-nous dans une vie où l’accès aux droits n’avait pas de file d’attente ?






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